Rencontre pour une école Steiner-Waldorf 

L’organisation de cette rencontre est un appel aux parents ou futurs parents,

aux enseignants ou futurs enseignants,

également aux grands parents, aux éducateurs

et à tous les acteurs de la vie psychosociale

qui auraient un intérêt pour la création d’une école Steiner à Namur.

Se rencontrer,  se poser les « bonnes » questions, échanger,

voir ce qui est possible, pourquoi, avec qui et comment.

Bienvenue à toutes et tous

Samedi 30 mars 2019 – 9 h 30

Centre L’Ilon – Salle TAN  -  5000 Namur

(Entrée par la rue du Lombard N°8 à coté du magasin Qualias)

GPS : 50.464404 - 4.870181          Participation gratuite


Infos complémentaires : Francis Duquesne

Vous ne savez pas être présent(e) le 30 mars ?

Transmettez nous vos coordonnées afin de vous informer des suites de la rencontre

librairie@eurythmiste.info

Vous pouvez éventuellement vous faire connaître

 via le formulaire ci-joint

"Vouloir une école Steiner"



Francis Duquesne

 
On pourrait dire de façon imagée que dans l’esprit de la pédagogie Steiner la vie future de l'enfant est regardée, avec un respect sacré, comme une page blanche. Une page vierge sur laquelle il "écrira" et « réécrira » son projet de vie.
L'éducatrice, l’éducateur se limitant à lui apprendre à "écrire" ou encore à "dessiner" sur cette page. En s'interdisant du mieux qu’il peut d'y inscrire quoi que soit lui-même et en essayant d'éduquer l'enfant vers sa « liberté d'écriture ». Parce que c'est précisément cette liberté qui lui permettra peut-être de déchiffrer et d’aimer ce qui se trouve sur d'autres pages que la sienne, toutes uniques.
Nombreux sont celles et ceux qui dans l’enseignement classique tentent quotidiennement mais peut-être confusément, de relever ce défi. Mais n’est-ce pas souvent au prix d’amères frustrations voire de l’épuisement ? De quels moyens, de quels outils, de quel environnement, de quelles bases  scientifiques disposent-ils pour réaliser la noble et complexe tâche qu’ils se sont donnée ?

Parallèlement, l’enseignement à domicile a désormais le vent en poupe. De plus en plus de parents souhaitent s’émanciper d’un enseignement traditionnel oppressé par l’omniprésence d’un État dont on pressent qu’il a souvent tendance à vouloir écrire ses propres « titres » sur cette attirante « page blanche ».

Alors pourquoi « tout simplement » ne pas créer une école Steiner… de plus ?

Les écoles Steiner-Waldorf sont très nombreuses et sont de plus en plus reconnues et subventionnées. Cette pédagogie est la forme alternative d’éducation la plus répandue en Europe et dans le monde.
Non, ce ne sont pas des écoles parfaites, idéales. On y rencontre aussi certains problèmes liés à la vie d’une école et même d’autres, propres à ces écoles et à leur organisation. Mais les méthodes d’éducation et de gestion qui y sont appliquées n’ont pas d’équivalent.
Une des singularités de ce mouvement éducatif est la spontanéité avec laquelle se développent toujours les écoles. Or pour voir naitre ces écoles, il faut des parents motivés et bien informés, et il faut aussi des vocations : des enseignants.
Il est aussi nécessaire que quelques-uns d’entre eux, enseignants et parents, soient assez déterminés pour oser travailler ensemble à un projet concret, ce qui n’est certes pas d’emblée une évidence. Car travailler ensemble, tout le monde le sait, n’est pas une évidence.

Oui, une école Steiner-Waldorf il faut réellement la « vouloir ».
Mais si la « sauce » prend, ce qui se présentait sous forme de montagnes à surmonter, tant juridiques qu’économiques et culturelles, devient peu à peu tout à fait possible. Apparaît alors une identité, un nouveau microcosme social unique … une école. Une expérience faite de haut et de bas pour chacune et chacun, mais si riche !

 

Il existe également un autre besoin, celui de mieux comprendre et cultiver, dans la mesure des possibilités, ce qui relie le concept « pédagogie » au nom de Steiner ou encore à ceux de Goethe et Schiller. C’est en quelques sortes le fil aussi fin que solide, presqu’imperceptible, auquel est suspendu la vie de toute école se revendiquant de cette pédagogie. Ce lien au fond méconnu, qui fait l’objet de bien des préjugés et de malentendus.
Force est de constater qu’existe parfois de manière symptomatique un phénomène concomitant à la création de ces écoles qui consiste à ressentir de l’appréhension et de la méfiance à l’égard des fondements et des mobiles de la pédagogie Steiner.
Ce phénomène est attisé par les aigreurs de quelques égocentrismes assoiffés de reconnaissance. Et est souvent accentué par l’omniprésence du doigt accusateur d’un scientisme matérialiste et de l’unilatéralisme dogmatique d’une certaine observation du comportement humain.
Ceci souvent au détriment d’une saine confiance dans l’intuition individuelle et l’imagination créatrice.
Cette appréhension c’est aussi celle que l’on ressent de prime abord devant un sujet complexe et celle nourrie de préjugés sur ce qu’il faut penser de concepts pour lesquels la science dominante d’orientation naturaliste témoigne très peu d’intérêt. Une connaissance un peu plus approfondie des fondements de la pédagogie Steiner peut être un remède efficace pour faire reculer ces peurs.

Car cette pédagogie, maintenant âgée d’un siècle, contient pourtant dans son ADN une surprenante modernité, s’il l’on accepte de l’approfondir un peu. Steiner ne l’a pas pensée qu’au présent, il l’a pensée au futur, comme il l’a fait pour l’agriculture, la médecine, l’art et autres activités humaines. Et de tous ces domaines c’est la pédagogie qui s’est développée le plus et avec succès.
L’enfant de 2019 n’est plus l’enfant de 1919, de même pour l’enseignant. Et que dire de l’environnement de l’un comme de l’autre !
Or ce qui sous-tend cette pédagogie offre une vision très large de l’évolution de la nature humaine en s’appuyant sur le très subtil rapport entre penser et percevoir. L’individualité, dans cette évolution, est placée d’une certaine manière au centre des préoccupations.

La pédagogie Steiner et ses particularités ce n’est pas seulement une méthode. Elle invite à poser - et surtout à reposer sans cesse - cette vaste question de la connaissance de la nature humaine et notamment celle du petit enfant, de l’enfant et de l’adolescent, en partant de points de vue qui la distingue de toute autre pédagogie.
La multiplication des écoles Waldorf est d’ailleurs en soi un enjeu sociétal pour garder ce questionnement ouvert, libre et si possible de le faire progresser également à la lumière des recherches de Steiner et de l’expérience de milliers d’enseignants qui vivent cette pédagogie depuis tant d’années.
Elle ouvre des perspectives nouvelles sur la nature de l’enfant  pendant les sept années les plus proches de la naissance mais aussi pendant les deux périodes de sept ans qui la suivent immédiatement. Celle qui va du changement de dentition à la puberté et celle de la puberté à plus ou moins 21 ans. C’est aussi tout le questionnement sur la vie de l’adulte dans toute sa dimension psychosociale qui est redynamisé.
Á travers la pédagogie Steiner c’est cette énigme du corps physique et du psychisme que parents, enseignants, éducateurs sont invités à découvrir et redécouvrir, stimulés à percevoir et à penser d’une autre façon leur action éducative et l’environnement dans lequel elle se déploie.

Le simple attrait pour les poupées en tissus et les jouets en bois reste néanmoins  trop superficiel pour progresser dans la compréhension de cette nature enfantine. Tout comme le fait de placer des capteurs électroniques sur un crâne humain ne permettra jamais, à lui seul, de comprendre et surtout respecter le développement de l’enfant. L’enfant n’est pas qu’un réseau électrique, l’adulte non plus.
Il ne s’agit là que d’éléments parmi tant d’autres - encore plus nombreux et fondamentaux - qui peuvent déterminer, en tant que but, l’acte pédagogique aimant, justifié, efficace, à un moment et dans des circonstances données,  pour une personnalité unique.
La perception toujours plus grande de la cohérence scientifique de la pédagogie Steiner reste un facteur capital pour sa compréhension et son rayonnement. Et pour appréhender cette cohérence, un des meilleurs moyens est de « vivre » l’école Steiner et sa pédagogie.

 

Un des éléments majeurs et décisifs de la démarche qui fonde la pédagogie dont Steiner est le père, est la mise en lumière en 1917 d’une relation essentielle. Celle qui existe entre d’une part les trois systèmes corporels fondamentaux : le système neurosensoriel (tête) – le système rythmique (cœur-poumons) – le système du métabolisme et des membres. Et d’autre part les trois facultés de l’âme, de l’activité psychique : pensée – sentiment – volonté.
Á cela viennent s’ajouter ses recherches sur l’élargissement de l’activité sensorielle à sept autres sens, et celles sur la question des tempéraments ainsi que la remise en question de la notion de « nerfs moteurs ». Ces points de départ, parmi de nombreux autres, souvent mal compris, ouvrent déjà un vaste champ de recherche où matérialisme et spiritualisme - réalisme et idéalisme, en tant que conceptions du monde, ne s’épuisent plus à s’opposer mais tendent à se compléter sans pour autant se confondre.

Le caractère scientifique des principes fondateurs de la pédagogie Steiner trouve sa justification dans la finalité même de cette pédagogie : « Éduquer vers la liberté ». Mais l’on pourrait dire aussi « Éduquer grâce à la liberté », celle de l’éducateur.
Steiner en tant que philosophe, scientifique et continuateur des travaux de Goethe, a en effet posé la première pierre de son œuvre avec ce qui se trouve en amont de toute pensée scientifique, de toute recherche. La connaissance du processus de connaissance lui-même avec pour source le véritable penser libre, un penser pur fécondant l’acte individuel authentique. Un individualisme éthique capable de dédier sa force à la vie sociale et à la communauté, mis en lumière par une science de la liberté.

Appréhender les fondements de la pédagogie Steiner relève sans conteste d’un effort peut-être difficile et exigeant en terme de volonté, de courage et de penser. Il n’est bien évidemment pas indispensable pour inscrire ses enfants dans une école Waldorf. L’exercer est cependant souhaitable si l’on veut assumer réellement la liberté individuelle inhérente à ce que Steiner a appelé l’art de l’éducation.
En outre, même à doses aussi réduites que régulières, cet effort peut renforcer la vie psychique personnelle ainsi que la liberté du penser et de l’agir individuel au service de cet l’art de l’éducation. Et ce particulièrement au bénéfice d’une compréhension vivante de plus en plus profonde du mystère de cette singulière et touchante nature enfantine qui dans ses débuts nous imite si bien et qui évoque pour nous tous, parfois avec émotion, le commencement de notre propre chemin.
A priori, cet effort de compréhension et la volonté qui en découle de créer une école est accessible à la libre volonté de chacune et de chacun, parent, enseignant ou autre depuis ses propres réalités existentielles, son désir de remise en question et sa créativité.

Cet effort se justifie notamment parce qu’il n’est plus possible d’ignorer la multitude de défis sociaux et environnementaux auxquels seront confrontés les actuels futurs adultes. Défis devant lesquels l’impérialisme matérialiste ne peut plus se permettre d’avancer seul.
En ces temps où l’on ose polariser fin du monde et fin de mois, n’est-il pas plus important de s’engager dans un début ? Investir réellement dans ce commencement qu’est l’enfance pour lui redonner ses droits ?
Á l’heure où l’intelligence dite « artificielle » trace inexorablement sa route dans la vie sociale, n’est-il pas urgent de cultiver, dans l’autre plateau de la balance, une intelligence du cœur ?

« Vouloir » une école Steiner … c’est tourner un certain regard intérieur vers l’enfant. Vers cette page d’un blanc encore silencieux qui peut peut-être éveiller plus facilement l’effort de connaissance, assouplir le cuir de l’abstraction et du préjugé. Cette page qui frémit déjà de la vie qui veut s’y inscrire. Parce que peut-être, au fond, celle ou celui qui en nous veut « se libérer » perçoit qu’elle fait partie d’un livre relié avec sagesse et amour. Et qu’une autre la précédée comme une autre l’a suivra.
 

« Le problème n’est pas tant que le matérialisme méconnaisse le spirituel, mais qu’il méconnaisse d’avantage le corporel en ne voyant pas comment le psychospirituel œuvre en son sein ».

Rudolf Steiner

Conférence du 20 avril 1920 devant des enseignants de l’école publique en Suisse